Jouer à faire ou se faire peur

La peur



"Tel conte précis peut en effet angoisser l'enfant, mais à mesure qu'il se familiarise avec les contes de fées, les aspects effrayants tendent à disparaître, tandis que les traits rassurants gagnent en importance. Le déplaisir initial de l'angoisse devient alors le grand plaisir de l'angoisse affrontée avec succès et maîtrisée."

Bruno Bettelheim - " Psychanalyse des Contes de Fées"

Qu'est ce que la peur ?

La peur est un phénomène naturel, propre à l'ensemble des espèces animales, et de nature à faciliter la survie.

Winnicott rappelait "qu'un enfant saisi sous un gros orage, la nuit, dans les rues de Londres, et qui n’aurait pas peur, n’est pas un enfant sain".

On n'a pas à apprendre à avoir peur : nous sommes programmés pour cela, l'humain est livré de série avec un petit logiciel à ressentir de la peur, placé dans une zone du cerveau nommée « amygdale » (rien à voir avec celles que nous avons au fond de la gorge). La mémoire de l'espèce fait que nous sommes programmés pour éprouver des peurs naturelles : face au vide, au noir, aux animaux, aux inconnus, à l'enfermement dans un espace restreint...
En grandissant, la plupart d'entre nous allons apprendre à contrôler et dominer nos peurs.

Il y a la peur que l'on ressent, celle que l'on suscite chez soi ou chez l'autre, celle qui paralyse, celle qui fait bouger, celle qui fait mal au ventre, celle qui fait honte.
Il y a la peur de soi mais aussi celle de l'autre, la peur que l'autre ressent pour nous, qu'il nous livre, parfois nous réconforte et parfois aussi nous encombre, la peur qui se communique.
Il y a la peur qui tient compagnie, celle qui nous fait nous sentir vivre, celle que l'on recherche, celle que l'on fuit, celle qu'on passe son temps à chercher pour la fuir.
Il y a la peur qui nous retient et nous protège, et celle qui nous rend vulnérable et nous abîme.

A chacun ses peurs, avec sa manière, son style, ses ruses.

Nourrir l'imaginaire des enfants

Les adultes doivent aider les enfants à nourrir leur imaginaire y compris l'imaginaire " des monstres et autres croques-mitaines" en leur lisant des histoires, en allant avec eux à des spectacles, en visionnant des films et de dessins animés avec eux, en jouant avec eux, en discutant ensemble afin de leur permettre d'identifier leurs sensations et leurs émotions, les nommer et pouvoir les "travailler" au travers du jeu.

Bruno Bettelheim disait que l'adulte devait se contraindre, même si cela ne lui plait pas, à lire des histoires qui font peur à l'enfant ou à voir avec l'enfant des spectacles pour enfants qui font peur, à jouer à des jeux qui font peur pour que l'enfant trouve des points d’appui pour se dégager de ses peurs.

Depuis quelques années, l’humour a aussi pris une grande dimension dans la littérature enfantine. On rencontre des loups risibles, attendrissants. Attention, dit Pascale Mignon, psychologue et psychanalyste, chargée de recherche au Grape, l’humour, c’est très bien, mais les livres drôles ne répondent pas aux interrogations des enfants. Il leur faudra trouver ailleurs où se confronter à leurs craintes.

A chaque peur, son jeu ; à chaque jeu, sa peur

1) Cache-cache.

L'enfant se confronte à l'angoisse de la séparation. Il tente ainsi de maîtriser la peur fondamentale de se retrouver seul. Autre variante : se cacher pour faire peur aux parents. Là, l'angoisse d'abandon est inversée.

  • Vers trois mois : "Coucou qui c’est ?"
    Cacher sa peluche préférée derrière votre dos, puis la sortir brusquement en disant "coucou qui c’est ?". Elle fait un bisou à bébé et repart se cacher aussi vite. Faire mine de la chercher. Recommencer plusieurs fois en variant l’emplacement des bisous.
  • A partir de 1 an : "J'ai peur ! Tu m’as eue !"
    Laisser bébé se cacher, sous un foulard. Faire semblant de ne pas le trouver. Il doit surgir en vous faisant peur et vous, de vous exclamer bien entendu : "Tu m'as fait peur ! Tu m’as eue !".
    Une surprise inversée très bénéfique à son ... ego.
  • Dès 18 mois, les jeux de cache-cache traditionnel ont beaucoup de succés.

2) La petite bête qui monte, qui monte

Ici on joue à se faire peur pour mieux se retrouver et rire ensemble, pour tisser un lien de complicité plus fort.
C'est un jeu pour rentrer doucement en contact avec l'enfant, l'apprivoiser.

  • Une variante : "Lapin gourmand"
    Prendre la main de bébé, et replier ses doigts à l’intérieur, un par un en racontant :
    "Ce petit lapin a mangé toutes les carottes
    Ce petit lapin a mangé tous les échalotes
    Ce petit lapin a mangé toutes les griottes
    Ce petit lapin a mangé toutes les cracottes
    Et le petit rikiki qu’est ce qu’il va manger ? Tes menottes !"
    Faires mine de lui manger les mains.

3) Le monstre mangeur de bisous

Tout comme le jeu de la petite bête qui monte, ce jeu permet de se retrouver et rire ensemble.
Il met en scène la peur de la dévoration.
Ce jeu permet d'exprimer l'ambivalence qui existe dans toute relation humaine. En jouant à faire semblant de se faire mal, l'enfant (et l'adulte aussi parfois, il faut oser le dire) peut évacuer tous les sentiments contradictoires qu'il renferme en lui : Le "je t'aime, je te hais".
C'est un jeu très utile pour détourner et évacuer les colères et les frustrations du tout-petit, bien plus qu'un simple jeu de bagarre qui lui n'aboutit pas en apothéose de bisous "réconciliateurs".

4) Jouer à la bagarre

Voilà un jeu qui a le don d'horripiler les mamans ou les assistantes maternelles, pourtant ce jeu permet à l'enfant de se rassurer sur sa force, à un moment où, en pleine période œdipienne, il est inconsciemment en conflit avec la figure de même sexe que lui avec qui il est en "concurrence".

5) Jouer à la maitresse ou à la maman ou à la nounou qui punit

C'est l'enfant qui joue le rôle de l'adulte en exacerbant les réprimandes, voire en y introduisant une composante sadique.
Ce jeu permet à la petite fille, en pleine période œdipienne, de "prendre le dessus" alors qu'elle est inconsciemment en rivalité avec la figure maternelle.
C'est aussi un exutoire pour tous les enfants qui ont souvent du mal à accepter les limites imposées par les adultes, leur en imposer à leur tour permet de les accepter plus facilement.

6) Jouer à être un méchant héros

Fantome, sorcière, pirate, monstre...
Les jeux commencent alors par des formules rituelles comme " On dirait que je serais ", etc. Elles signalent l’entrée dans l’imaginaire. L’enfant est capable de s’identifier à ses héros. Il n’imite plus seulement le vilain dragon qui crache du feu, il devient ce terrible dragon. Cette faculté lui permet de se mettre dans la peau des adultes. Il peut être celui qui fait peur et prendre la place du plus fort.

7) Jouer au loup ou à chat perché

Avec ce jeu, l'enfant l'enfant apprend à échapper à l'agresseur qui prive de liberté. Cela lui permet de mettre en place des ruses pour échapper à de potentiels agresseurs, cela lui permet de se dire que face à un agresseur bien réel, il ne serait pas totalement vulnérable.

8) Jouer à "il fait nuit noire"

Jouer à déambuler dans une pièce obscure semée d'obstacle. Ce jeu aide à vaincre la peur du noir

9) Les lucioles

Jouer à faire danser des lampes de poche dans le noir. Ce jeu aussi aide à vaincre la peur du noir

10) Jouer à l'avion

Prendre l'enfant dans sa bras et le faire tourner très vite pour apprendre à perdre les répères visuels, à apprécier la vitesse et vaincre le vertige
Plus tard, c'est le tourniquet qui tourne à toute vitesse qui remplacera les bras de l'adulte et bien ensuite le manège

11) Manger sa peur

Demander à l'enfant de quoi il a peur. Faire avec lui une pâte à sablés, découper des sablés figurant sa peur (araignées par exemple) et une fois cuit les déguster.
Jeu symbolique qui permet à l'enfant de surmonter ses peurs en les "mangeant."

Pouce, j'ai peur !

Pouce, j'ai peur !